Art : peut-on sérieusement investir via Internet ?

Acheter des oeuvres d'art en ligne séduit de plus en plus d'investisseurs, du néophyte au ...

Art : peut-on sérieusement investir via Internet ?

Art : peut-on sérieusement investir via Internet ?

Acheter des oeuvres d'art en ligne séduit de plus en plus d'investisseurs, du néophyte au collectionneur plus expérimenté. Le succès de l'art en ligne ne doit toutefois pas en faire oublier les risques. Ce qu'il faut savoir.

 

Vous aimeriez investir dans de la peinture contemporaine, des photographies, des sculptures, des bijoux ou des montres de luxe, mais vous ne savez pas comment vous y prendre ? Vous pouvez désormais accéder 24 h sur 24 d'un clic d'ordinateur ou de smartphone à une large palette d'oeuvres d'art.

«  Internet a démocratisé l'accès des particuliers aux ventes aux enchères et décomplexé le néophyte qui n'osait pas pousser la porte d'une maison de vente », remarque Delphine Brochand, art wealth manager chez Fin'Art Consulting. Pour l'instant, vous accédez via les plates-formes d'art en ligne surtout à des oeuvres ou des objets de gamme intermédiaire.

Selon le rapport 2017 Hiscox, 79 % des acheteurs d'art en ligne dans le monde dépensent moins de 5.000 dollars par oeuvre. Pour tout le réseau Christie's, le panier moyen, en ligne uniquement, s'établit à 7.709 dollars [6.523 euros]. Alors que chez Christie's Paris, il y est de 40.000 euros, pour les ventes classiques en salle.

 

Le règne des multiples

Sur ces places de marché, c'est le règne des multiples et des objets de petites valeurs. Vous pouvez investir dans des reproductions et des éditions en ligne, principalement de tableaux et de photographies, plutôt que dans des oeuvres uniques. Certaines catégories d'objets se prêtent aux ventes en ligne : art de vivre et hobbies des acheteurs, accessoires de luxe (montres, bijoux, sacs...), vintage, photographies, estampes, gravures, timbres...

Mais l'offre s'enrichit. «Christie's  réalise aussi aujourd'hui des ventes en ligne d'une grande diversité d'époques et de styles artistiques, aussi bien dans des spécialités classiques qu'en art asiatique, américain, moderne ou contemporain, avec de grands noms comme, par exemple, les ventes de céramiques de Picasso », explique Emilie Villette, directeur du développement à Paris. Et l'éventail de prix est très large, de quelques milliers d'euros à plus de 100.000 euros aujourd'hui. «  Petit à petit, observe-t-elle, la barrière psychologique d'enchérir pour un montant important à partir d'un clic de souris s'efface. »

La qualité est aussi au rendez-vous sur la toile. «  Certes, tempère Ugo Scalia, conseiller en art, l es oeuvres contemporaines en ligne ne sont pas  du niveau de la Fiac , mais, par exemple, la plate-forme américaine Artsy regroupe les plus grandes galeries du monde sur son site. Celles-ci y donnent accès à une offre de base autour de 50.000 à 60.000 euros la pièce, mais aussi à des oeuvres présentées sans prix.  »

 

Transparence des prix

Avant d'acheter en ligne, Internet a pour atout majeur, estime Thomas Seydoux, conseiller en art impressionniste et moderne chez Seydoux & Associés Fine Art, «  d'être d'une grande utilité en termes d'information, de compréhension du marché de l'art et de transparence des prix ».

Si vous investissez dans l'art, le premier réflexe consiste à consulter, sur les plates-formes Artnet et Artprice, les compilations des résultats des ventes. Ces cotes de l'art, précise Ugo Scalia, «  donnent une bonne visibilité sur les prix des oeuvres  et vous permettent, par comparaison, de ne pas les 'surpayer', qu'elles soient acquises sur Internet ou en dehors ».

Autre facilité du Web, vous pouvez éplucher les catalogues en ligne de nombreuses salles de vente aux quatre coins de la planète et vous créer des alertes sur les oeuvres d'art qui vous intéressent. Dès qu'elles passent en vente, vous êtes ainsi informé. «  Ce qui est un avantage considérable, insiste Ugo Scalia, et qui relevait avant du métier de marchand d'art.  »

 

Etre attentif à l'échelle

Mais, pour les amateurs d'art, le Web a un inconvénient majeur : l'absence de contact physique avec les oeuvres. Difficile d'acheter uniquement à travers un écran, de ressentir une émotion sans toucher, et sans observer, dans le cas d'une peinture, sa luminosité, les matériaux utilisés... Pourtant, les sites on line se sont améliorés. Les visuels, photos et vidéos, sont de meilleure qualité. On peut zoomer et voir les objets mis en scène dans un décor.

Le tout Internet pèche aussi, si vous souhaitez échanger avec un expert en art, et obtenir davantage d'informations sur l'artiste et sa production. Toutefois, des plates-formes offrent de venir voir « physiquement » les oeuvres et les artistes dans leur atelier, et de joindre un expert pour des informations complémentaires.

« Juger de la qualité artistique d'une oeuvre uniquement sur photo est un frein relatif, s'amuse Ugo Scalia, puisque cela fait des années que des investisseurs achètent des oeuvres d'art sur catalogue, à partir de photos, quand la vente se situe loin de leur domicile. » De même, appuie Thomas Seydoux : « Le manque d'inspection physique qui ne permettrait pas de saisir 'l'âme' de l'objet est souvent mis en avant. Mon expérience me montre que c'est surtout la taille qui déçoit.  »

Les acheteurs n'arrivent pas en effet à se figurer l'échelle de l'objet d'art. «  Il faut vraiment être très attentif à ce point », insiste le conseiller en art.

 

Se prémunir du faux

Observer, de visu, une oeuvre d'art permet aussi de vérifier son état et son authenticité. Ainsi, note le rapport Hiscox, «  58 % des acheteurs d'art en ligne craignent d'acheter un faux ou un objet différent de celui représenté en ligne ».

Avec l'explosion des ventes d'art en ligne, Internet serait-il devenu le repaire du faux ? Ni plus ni moins que les ventes physiques, estiment des spécialistes. « Le risque est même diminué avec Internet, considère Delphine Brochand, car, traçable, la vente d'un faux en ligne sera davantage visible que si elle s'effectue dans une obscure salle de vente en province ou lors de transactions de gré à gré. »

Reste que des précautions de bon sens sont à prendre quand on achète de l'art sur Internet. Une oeuvre d'art d'un artiste connu, mise en ligne à bas prix, respire l'arnaque ! S'assurer de la valeur, de l'authenticité et de l'état de conservation de l'oeuvre ou de l'objet d'art est capital, pour se prémunir du risque d'un... très mauvais investissement.

Comme pour tout achat d'art, que l'on soit en ligne ou pas, vous devrez veiller au professionnalisme du vendeur. «  Il faut privilégier les acteurs connus, sérieux, à la réputation solide, avec lesquels mon achat est sécurisé », recommande Delphine Brochand.

Chez les acteurs qui ont pignon sur rue, et notamment pendant des ventes aux enchères publiques, qui sont régulées, les responsabilités juridiques sont les mêmes qu'il s'agisse d'une vente digitale ou en dur. D'ailleurs, juge la conseillère en art, « les marchands d'art sont encore plus vigilants concernant les ventes sur Internet, car leur image peut s'y ternir comme une traînée de poudre ».

 

Attention au « feu des enchères »

Avant d'investir, il faut donc décortiquer sur les sites les conditions générales de vente et les garanties offertes par le vendeur. Et ce à chaque transaction, car elles peuvent évoluer, et y compris sur le volet « physique » de l'opération à savoir le transport, la livraison, et les conditions de la garantie de retour. Autre point essentiel, vous devez obtenir un « rapport de condition » qui vous renseignera sur l'état de conservation de l'oeuvre.

Attention aussi à bien prendre en compte, si vous achetez aux enchères, les conséquences de cet achat. «  Nous recevons de plus en plus de réclamations d'enchérisseurs, explique Loïc Lechevalier, secrétaire général du Conseil des ventes volontaires, qui pensent intervenir comme sur n'importe quel site Internet de vente en ligne. Et donc pouvoir se rétracter dans un délai de 14 jours. » Or, précise-t-il, «  ces acheteurs,  qui ne consultent généralement pas les conditions de vente mises en ligne, ignorent que ce droit de rétractation prévu dans les règles du droit de la consommation relatives aux ventes à distance ne s'applique pas aux ventes aux enchères publiques en ligne  ».

Si vous vous lancez aux enchères sur Internet, prenez garde à vous fixer une limite d'investissement, «  pour ne pas être pris par le feu des enchères », recommande-t-il. Sans oublier de tenir compte de l'ensemble des frais tels que la commission d'achat (en moyenne 25 % du prix), les frais d'expédition et d'assurance. Depuis septembre, Sotheby's a supprimé les frais de transactions, côté acheteurs, sur toutes ses ventes « on line only ». Mais les marchands d'art en ligne ne jouent pas tous la carte du low cost.

Source : LesEchos.fr

 

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