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"La fabrication des timbres-poste et du chiffre-taxe à la Monnaie de Bordeaux" de Pascal BUFFET, en 2 volumes

Le nouveau livre "La fabrication des timbres-poste et du chiffre-taxe à la Monnaie de Bordeaux" de Pascal BUFFET, en 2 volumes, aux éditions JFB.

Pascal Buffet est allé aux sources, il a étudié et recherché les archives, mais aussi les timbres dont il a réuni une collection d'étude exceptionnelle.

Si vous voulez comprendre, aller plus loin que votre catalogue habituel, classer intelligemment votre collection, éviter des achats malheureux... vous devez acheter cet ouvrage.

Un premier volume de 246 pages couleurs explique tout. Un second de 44 pages est dédié aux images des épreuves des timbres et des blocs reports, avec les informations de planchage.

Vous pouvez dès à présent le réserver en ligne sur le site de l'éditeur (prix 90 € +port). Il sera prêt à l'expédition dès les premiers jours de septembre.

Petit rappel historique

Automne 1870. La France traverse l’une des crises les plus sombres, dramatiques et décisives de son histoire moderne. En l'espace de quelques semaines, le destin du Second Empire bascule sous les canons prussiens : le 2 septembre, l’empereur Napoléon III capitule à Sedan. Face à l'effondrement du régime, le peuple parisien se soulève et, le 4 septembre, la Troisième République est proclamée dans la ferveur et l'urgence à l’Hôtel de Ville de Paris. Un Gouvernement de Défense nationale s’installe à la hâte sous l'autorité du général Trochu, avec une mission titanesque : poursuivre les combats et préserver l'intégrité du territoire national.

Cependant, la réalité militaire rattrape rapidement les élans patriotiques. Les armées prussiennes progressent à une vitesse fulgurante et encerclent bientôt la capitale, coupant totalement Paris du reste du pays. Dans cette France fragmentée, envahie et profondément désorganisée, les services postaux font face à un défi sans précédent. Privée du centre névralgique parisien, la province se retrouve confrontée à un problème logistique inattendu mais crucial : une pénurie critique de timbres-poste menace de paralyser les communications civiles et militaires, pourtant indispensables à la cohésion du pays en temps de guerre.

Bordeaux, l’atelier de fortune en terre girondine

Face au blocus impitoyable de la capitale, où se trouvent les imprimeries officielles de l’Hôtel des Monnaies, le gouvernement délégué est contraint de fuir. Il se replie dans un premier temps à Tours, avant de trouver un refuge plus sûr et durable en Gironde, à Bordeaux. Privée de ses matrices originales, de ses presses habituelles et de ses stocks de papier de sûreté, l'administration postale de province doit d'urgence réinventer une méthode de production fiduciaire autonome.

C'est dans ce contexte de crise extrême que la Monnaie de Bordeaux est investie d'une responsabilité historique : fabriquer une série provisoire de timbres-poste capables de ravitailler les bureaux de poste non occupés par l'ennemi. Le 30 septembre 1870, une lettre officielle signée par Ernest de Roussy, délégué du ministre des Finances, entérine cette décision. Dès lors, Bordeaux devient le cœur battant de la création philatélique française d'urgence.

La mise en œuvre technique de cette entreprise audacieuse est initialement confiée à un dessinateur local nommé Dambourgez. L'intention première de la direction était d'utiliser la typographie, le procédé classique de l'époque. Malheureusement, le manque de matériel adéquat et le temps requis pour graver des clichés en métal obligent les responsables à se tourner vers la lithographie, une technique d'impression sur pierre plus souple mais grandement artisanale.

Les premiers essais menés par Dambourgez s'avèrent décevants : les encres choisies se révèlent beaucoup trop sombres et épaisses, et les traits du dessin, manquant cruellement de finesse, offrent un rendu grossier indigne d'un document d'État. Devant cette impasse technique qui menace de ralentir le projet, l'administration décide de faire appel à un autre artiste bordelais, Léopold Yon. Ce dernier fait preuve d'une réactivité et d'un talent exceptionnels en réalisant en un temps record un dessin d’une délicatesse remarquable. Sous sa direction méticuleuse, l'effigie de Cérès, la déesse romaine de l'agriculture et symbole de la jeune République renaissante, est délicatement gravée puis reportée sur pierre lithographique, ouvrant la voie à une production de masse.

Des conditions de fabrication dignes d’un roman

Dès le début du mois de novembre 1870, les premières valeurs sortent enfin des presses bordelaises. La gamme complète est conçue pour couvrir l'ensemble des besoins tarifaires de la population et des armées, comprenant les valeurs suivantes : 1c, 2c, 4c, 5c, 10c, 20c, 30c, 40c et 80c. Jusqu’en mars 1871, ce ne sont pas moins de 125 millions de timbres qui seront ainsi produits et distribués à travers le pays non occupé.

Derrière ce volume impressionnant se cache une réalité humaine et technique fascinante. Les récits et témoignages d’époque nous dépeignent une atmosphère de travail digne des plus grands romans industriels du XIXe siècle. Les ateliers de la Monnaie de Bordeaux résonnent jour et nuit du bruit des presses. Les ouvriers, mobilisés dans l'urgence, travaillent de longues heures nocturnes à la lueur vacillante et incertaine du gaz de ville.

Le blocus imposant une pénurie généralisée de matières premières, les artisans doivent faire preuve de trésors d'ingéniosité : les pigments et les encres sont broyés manuellement, souvent à la hâte. Les papiers disponibles sur le marché local, achetés auprès de différents fournisseurs, présentent des qualités, des épaisseurs et des textures profondément inégales, réagissant de manière imprévisible à l'humidité et à la pression des presses. De plus, les pierres lithographiques, soumises à des cadences de production infernales, s’usent prématurément, s'effritent et doivent être remplacées ou retouchées régulièrement par les graveurs directement dans l'atelier.

Le paradis des nuances : le bonheur et le désespoir des philatélistes

Ce sont précisément ces conditions de fabrication précaires, artisanales et changeantes qui confèrent à l’Émission de Bordeaux son statut de légende et sa fascination auprès des collectionneurs. Les différences constantes d’encrage, combinées aux multiples opérations de « reports » — c'est-à-dire les transferts successifs et manuels du motif original sur la pierre d’impression pour multiplier les clichés — ainsi que les inévitables retouches directes faites à la main sur la pierre, ont donné naissance à des centaines de variantes répertoriées. Dans cette production tumultueuse, chaque feuille d'impression est pour ainsi dire unique, et chaque timbre devient une œuvre d'art miniature dotée de sa propre identité.

L'observation attentive de ces figurines révèle une infinité de nuances chromatiques absolument saisissante. Selon les jours de tirage, le savoir-faire de l'artisan et le dosage des pigments, le rouge officiel se décline en rouge brique, en groseille délicat, ou encore en un rouge-sang foncé et dramatique. Le bleu, quant à lui, navigue des teintes célestes aux profondeurs intenses de l'outremer.

Comme le soulignait si justement Michel Melot dans le numéro 56 de la revue Timbroscopie : « Les Bordeaux semblent sortis de la palette d’un peintre. » Ces variations chromatiques et structurelles, parfois d'une subtilité microscopique, parfois d'une évidence spectaculaire, font aujourd'hui le bonheur immense — et parfois le désespoir technique — des philatélistes qui tentent d'en reconstituer les planches d'origine (le fameux travail de « planchage »).

Fin de tirage et héritage historique

L’histoire de ces timbres de fortune se referme sur un ultime coup de théâtre historique. Les presses de l’Émission de Bordeaux cessent définitivement de tourner le 18 mars 1871. Par une ironie frappante du calendrier, c’est ce jour précis que choisit le peuple parisien pour se soulever, marquant le début de la Commune de Paris.

Avec la fin progressive de la guerre et la stabilisation politique lente du pays, la production fiduciaire est rapidement centralisée à nouveau dans la capitale. Les « Bordeaux », précieux témoins d'une France meurtrie mais debout, sont alors progressivement retirés de la circulation et remplacés par les nouvelles émissions officielles de Paris, fabriquées dans des conditions industrielles standardisées et apaisées.

Aujourd'hui, collectionner l'Émission de Bordeaux ne relève pas simplement de la philatélie classique. C'est toucher du doigt une page d'histoire vivante, un témoignage de résilience technique où l'art et le système D se sont unis pour maintenir le lien entre les hommes au cœur de la tempête.

Collectionner l'Émission de Bordeaux

 

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